C'est la question qui bloque le plus d'auteurs au moment de publier, et celle sur laquelle ils reçoivent les pires conseils. « Mets-le pas cher pour te faire connaître » arrive en tête.
En France, cette phrase est une mauvaise idée pour une raison particulière : la loi vous interdit de corriger le tir ensuite.
La contrainte que les auteurs découvrent trop tard
La loi du 10 août 1981, dite loi Lang, instaure le prix unique du livre. C'est l'éditeur qui fixe le prix, et tous les revendeurs doivent l'appliquer, avec une remise maximale de 5 %.
Les conséquences sont directes, et rarement expliquées :
- Aucune promotion possible. Pas de soldes, pas d'opération à moins 30 %, pas d'offre de lancement.
- Aucun test de prix. On ne peut pas essayer deux prix pour voir lequel vend le mieux.
- Aucune guerre des prix. Ce qui vous protège aussi : personne ne bradera votre livre.
Le prix n'est donc pas un réglage, c'est une décision. Elle se prend avant la publication, avec une méthode.
Ce qui se déduit avant vous
Le prix affiché n'est pas ce que vous touchez. Trois prélèvements interviennent avant.
La TVA
Le livre bénéficie d'un taux réduit de 5,5 %. Les redevances se calculent sur le prix hors taxe : 17 € affichés correspondent à environ 16,11 € de base de calcul.
La fabrication
En impression à la demande sur les marketplaces européennes, comptez pour un livre en encre noire de plus de 108 pages : 0,75 € de coût fixe, plus 0,012 € par page. Un roman de 350 pages coûte donc 4,95 € à fabriquer, à chaque exemplaire vendu.
La part du circuit
C'est le prélèvement le plus lourd, et il varie énormément selon l'endroit où le livre se vend :
- Vente directe sur une plateforme : celle-ci conserve 40 % du prix hors taxe au-dessus d'un certain seuil, 50 % en dessous.
- Vente en librairie : une remise de 30 à 40 % est accordée au libraire, comme pour n'importe quel éditeur.
Un même livre au même prix ne rapporte donc pas la même chose selon le canal — nous l'avons détaillé dans notre article sur l'impression à la demande.
Le seuil qui coûte le plus cher
Sur les marketplaces européennes, la redevance du livre broché bascule à un centime près :
| Prix catalogue | Taux de redevance |
|---|---|
| Jusqu'à 9,98 € | 50 % |
| À partir de 9,99 € | 60 % |
Prenons un roman de 200 pages, dont la fabrication revient à 3,15 €.
| Prix affiché | Ce qui reste à l'auteur |
|---|---|
| 9,98 € | 1,58 € |
| 9,99 € | 2,53 € |
Un centime de plus au prix affiché, et près d'un euro de plus par exemplaire vendu. Sur trois cents exemplaires, cela fait 285 € de différence pour un centime.
Vérifiez toujours de quel côté du seuil vous vous trouvez. C'est l'erreur la plus coûteuse et la plus facile à éviter de toute la publication.
La méthode, en quatre étapes
1. Calculez votre plancher
Additionnez votre coût de fabrication et ce que prélève le circuit. En dessous de ce montant, vous vendez à perte. Ce plancher n'est pas un prix, c'est une limite à ne pas franchir.
2. Allez relever des prix en librairie
C'est l'étape que personne ne fait, et c'est la plus utile.
Prenez une heure, entrez dans une librairie, et notez le prix de dix livres comparables au vôtre : même genre, même épaisseur approximative, éditeurs indépendants de préférence. Vous obtiendrez une fourchette réelle, sur votre marché, à la date d'aujourd'hui.
Ne cherchez pas de « prix moyen du livre » sur internet. Les chiffres qui circulent ne correspondent à aucune statistique publiée par segment, et un prix moyen tous genres confondus mélange des livres de poche et des beaux livres : il ne vous apprendra rien sur votre roman.
3. Positionnez-vous dans la fourchette
Vous connaissez maintenant votre plancher et la fourchette du marché. Placez-vous dedans, en tenant compte de deux choses :
- L'épaisseur. Un lecteur qui tient un livre de 500 pages accepte un prix plus élevé qu'un autre pour un volume mince. C'est irrationnel et c'est constant.
- Le bas de la fourchette n'est pas un avantage. Un prix nettement inférieur à tous les autres ne signale pas une bonne affaire : il signale un livre dont on doute. Les lecteurs le savent sans se le formuler.
4. Vérifiez les seuils
Ajustez le prix retenu pour tomber du bon côté des paliers de redevance. Un prix à 9,99 € plutôt que 9,98 €, à 14,99 € plutôt que 14,90 €.
Trois exemples calculés
Calculs effectués d'après la formule publiée par KDP pour les marketplaces européennes, TVA du livre à 5,5 % déduite. Vérifiez toujours avec le simulateur officiel pour votre propre livre.
Roman de 200 pages — fabrication 3,15 €
| Prix affiché | Reste à l'auteur |
|---|---|
| 9,99 € | 2,53 € |
| 12,99 € | 4,24 € |
Roman de 350 pages — fabrication 4,95 €
| Prix affiché | Reste à l'auteur |
|---|---|
| 15,99 € | 4,14 € |
| 17,99 € | 5,28 € |
| 19,99 € | 6,42 € |
Roman de 500 pages — fabrication 6,75 €
| Prix affiché | Reste à l'auteur |
|---|---|
| 19,99 € | 4,62 € |
| 22,99 € | 6,32 € |
Regardez la dernière ligne du tableau à 350 pages et la première de celui à 500 pages : à 19,99 €, le livre plus épais rapporte moins. Chaque page ajoutée se paie sur votre marge, à chaque exemplaire, pour toujours.
C'est une raison de plus de couper ce qui doit l'être avant de publier.
Le prix du numérique
Règle d'usage : entre 30 et 50 % du prix du papier. Un roman à 17 € en broché se situe entre 5,99 € et 8,99 € en numérique.
Là aussi un seuil existe : le taux de redevance le plus favorable sur les liseuses s'applique dans une fourchette de prix définie, généralement entre 2,99 € et 9,99 €. En dessous ou au-dessus, le taux chute de moitié. Vérifiez avant de valider.
Et ne descendez pas à 0,99 € « pour lancer les ventes » : vous gagnerez quelques centimes par exemplaire et vous vous placerez dans un segment où le lecteur n'attend rien.
Les quatre erreurs les plus fréquentes
- Le prix trop bas « pour se faire connaître ». Il ne fait pas vendre davantage, il fait gagner moins, et la loi vous interdit de le remonter par une promotion. Il installe aussi votre livre dans une catégorie mentale dont il ne sortira pas.
- Le prix calculé sur le temps passé. Vos deux ans d'écriture ne se répercutent pas sur le prix : le lecteur compare votre livre à celui d'à côté, pas à votre effort.
- Oublier le seuil de redevance. Un centime mal placé coûte près d'un euro par exemplaire.
- Le prix rond. 15 € plutôt que 14,99 € vous prive d'un centime perçu comme important par l'acheteur. L'usage du marché est le prix en 99.
Peut-on changer de prix après coup ?
Techniquement oui, dans les métadonnées. En pratique, c'est lourd : le prix figure sur la quatrième de couverture imprimée, ce qui impose de refaire le fichier de couverture, et il doit être mis à jour dans toutes les fiches et bases où le livre est référencé.
Une baisse est par ailleurs mal perçue : elle signale un livre qui ne se vend pas. Une hausse mécontente ceux qui ont attendu.
Considérez que ce prix vous accompagnera. Prenez une heure pour le fixer — c'est peu, comparé aux mois que vous avez passés sur le texte.
Ce qu'il faut retenir
Calculez votre plancher, relevez dix prix en rayon, placez-vous dans la fourchette réelle, et vérifiez les seuils de redevance avant de valider. Jamais l'inverse.
Le prix n'est pas une déclaration sur la valeur de votre travail. C'est un réglage technique entre ce que coûte votre livre, ce que le marché pratique, et ce qu'il doit vous rester.
Chez LunaScript Éditions, la fixation du prix fait partie de l'accompagnement : nous calculons avec vous ce qui reste réellement, selon le nombre de pages et les circuits de vente. Voir le Pack Éditeur, ou parlons de votre livre lors d'un premier échange en visioconférence, sans engagement.