Écrire une quatrième de couverture qui donne envie

Écrire une quatrième de couverture qui donne envie

Un lecteur prend votre livre. Il regarde la couverture deux secondes, le retourne, et lit. S'il n'est pas retenu en vingt secondes, il le repose.

La quatrième de couverture est le texte le plus lu de votre livre après le titre, et celui que les auteurs écrivent en dernier, fatigués, la veille de l'envoi. C'est pourtant lui qui décide de l'achat — et lui qui partira ensuite dans toutes les fiches en ligne, où il sera lu des milliers de fois.


Ce qu'elle n'est pas

Trois confusions expliquent la plupart des quatrièmes ratées.

  • Ce n'est pas un résumé. Un résumé raconte ce qui se passe. Une quatrième donne envie de savoir ce qui se passe. Ce n'est pas la même opération, c'est même l'opération inverse.
  • Ce n'est pas une préface. Elle ne parle ni de votre démarche, ni de vos intentions, ni de ce que vous avez voulu dire.
  • Ce n'est pas une critique. Ce n'est pas à vous de dire que votre roman est bouleversant.

Une quatrième de couverture est une promesse de lecture. Elle doit créer une question dans la tête du lecteur, et lui faire comprendre que la réponse est à l'intérieur.


La structure en quatre temps

Elle fonctionne pour presque tous les romans, et elle se tient en une dizaine de lignes.

1. L'accroche — une à deux lignes

La phrase qui arrête le geste. Une situation, une décision, une rupture. Pas de contexte, pas de présentation : on entre directement.

2. Le décor — deux à quatre lignes

Qui, où, quand. Le strict nécessaire pour que le lecteur se situe. Un seul personnage nommé, deux au maximum.

3. Le basculement — deux à trois lignes

Ce qui rompt l'équilibre. L'élément qui fait qu'il y a une histoire plutôt qu'une situation.

4. La question ouverte — une ligne

Ce qui reste en suspens. Pas une question rhétorique avec un point d'interrogation : une phrase qui laisse le lecteur devant un vide qu'il a envie de combler.


La bonne longueur

Entre 800 et 1 200 signes, espaces comprises. Soit dix à quinze lignes.

Cette limite n'est pas esthétique, elle est physique : au-delà, le texte ne tient plus lisiblement au dos d'un format courant, une fois laissée la place au code-barres, au prix, au logo de l'éditeur et à votre biographie.

Une quatrième trop longue se reconnaît de loin, avant même d'être lue. Elle signale un auteur qui n'a pas su choisir.


Le temps et la personne

Deux conventions, respectées par presque toute l'édition française :

  • Le présent de narration. Il met l'action sous les yeux du lecteur au lieu de la lui rapporter.
  • La troisième personne, même si votre roman est écrit à la première. La quatrième parle du livre, pas depuis l'intérieur du livre.

L'exception : les récits de vie et les témoignages, où le « je » peut être assumé jusque sur la quatrième. Mais c'est un choix, pas une facilité.


Les sept erreurs qui font reposer un livre

  1. Raconter la fin. Ou l'annoncer à demi-mot, ce qui revient au même.
  2. Commencer par « Ce livre raconte l'histoire de… » Vous avez perdu le lecteur à la troisième ligne.
  3. S'attribuer des adjectifs. Bouleversant, poignant, magistral, inoubliable. Aucun lecteur ne croit un auteur qui se décerne ces mots. S'ils sont mérités, il les dira lui-même.
  4. Enchaîner les questions rhétoriques. « Que serait-il arrivé si… ? Aurait-elle pu deviner… ? » Deux d'affilée et le procédé devient visible.
  5. Trop de noms propres. Cinq personnages et trois lieux en dix lignes : le lecteur ne retient rien et renonce.
  6. Le résumé chronologique complet. Début, milieu, fin, et parfois la morale. Il ne reste plus rien à découvrir.
  7. Parler de soi. « Après trois ans de travail, l'autrice nous livre… » La quatrième parle du livre. Votre biographie a sa place, ailleurs et en trois lignes.

Un exemple, avant et après

Prenons un roman inventé pour l'occasion : une femme revient dans son village natal après la mort de sa mère.

Avant

Ce roman bouleversant raconte l'histoire de Claire, 42 ans, architecte à Paris, qui apprend le décès de sa mère Jeanne et retourne dans son village natal de Saint-Amand pour régler la succession. Sur place, elle retrouve son frère Pierre, avec qui elle est brouillée depuis quinze ans, ainsi que Madeleine, la voisine qui a veillé sur sa mère. En vidant la maison familiale, Claire découvre des lettres qui révèlent que l'homme qu'elle appelait papa n'était pas son père biologique. Après de nombreuses péripéties et une confrontation avec son frère, elle finira par accepter son passé et se réconcilier avec sa famille. Un récit magistral sur le pardon et les secrets de famille, qui ne vous laissera pas indifférent.

Toutes les erreurs y sont : l'ouverture en « ce roman raconte », quatre personnages nommés, la révélation dévoilée, la fin annoncée, et deux adjectifs auto-décernés pour terminer. Il ne reste au lecteur aucune raison d'ouvrir le livre : il sait tout.

Après

Il y a quinze ans, Claire a quitté Saint-Amand en se jurant de ne jamais y revenir.

La mort de sa mère l'y ramène pour trois jours. Le temps de vider une maison, de signer des papiers, de croiser un frère à qui elle ne parle plus.

Au fond d'une armoire, sous des draps qui sentent encore la lavande, il y a une boîte. Et dans cette boîte, des lettres qu'elle n'aurait jamais dû lire.

Trois jours. C'est tout ce qu'il lui reste pour décider de ce qu'elle fera de ce qu'elle sait.

Même histoire, même longueur ou presque. Un seul personnage nommé. Rien n'est révélé du contenu des lettres, et c'est précisément ce qui fait acheter le livre.

Notez aussi le découpage en quatre paragraphes courts : au dos d'un livre comme sur un écran de téléphone, un bloc compact ne se lit pas.


La biographie, au dos

Trois à cinq lignes, à la troisième personne. Son rôle n'est pas de raconter votre vie mais de légitimer ce livre-là : ce qui, chez vous, fait que c'est vous qui l'avez écrit.

Si vous publiez sous pseudonyme et tenez à votre discrétion, une biographie peut parfaitement parler du travail sans parler de la personne. C'est un choix respectable, et il n'enlève rien au livre.


Le test en trois étapes

Avant de valider votre texte :

  1. Lisez-le à voix haute. Chaque phrase où vous butez est une phrase à réécrire. C'est infaillible.
  2. Faites-le lire à quelqu'un qui n'a pas lu le livre, puis demandez-lui de quoi ça parle. S'il ne sait pas répondre, c'est flou. S'il raconte toute l'intrigue, vous en avez trop dit.
  3. Posez la vraie question : « Tu l'achèterais ? » Et acceptez la réponse.

Le texte voyagera plus loin que le livre

Une dernière chose, souvent ignorée : ce texte ne reste pas au dos de votre livre.

Il devient le résumé de votre fiche en ligne, il s'affiche sur les sites des librairies, il circule dans les bases professionnelles. Il sera lu par des milliers de personnes qui n'auront jamais l'objet entre les mains — et il devra fonctionner sur un écran de téléphone, où les premières lignes seules sont visibles avant un « Lire la suite ».

Raison de plus pour mettre votre meilleure phrase en premier.


Ce qu'il faut retenir

Une accroche, un décor, un basculement, une question ouverte. Dix à quinze lignes. Un seul personnage nommé. Aucun adjectif que vous vous décernez, et surtout : ne racontez pas la fin.

Accordez à ces quinze lignes une journée entière. Rapportées au nombre de personnes qui les liront, ce sont les mots les plus rentables que vous écrirez de toute votre vie d'auteur.

Chez LunaScript Éditions, la relecture de la quatrième de couverture et du résumé fait partie de l'accompagnement, parce qu'ils conditionnent tout le reste. Voir le Pack Éditeur, ou parlons de votre livre lors d'un premier échange en visioconférence, sans engagement.