Faut-il publier sous pseudonyme ?

Hayate Beneddiaf fondatrice de lunascript de dos devant une fenêtre, tenant un livre ouvert

La question se pose presque toujours tard, quand le manuscrit est fini et qu'il faut remplir la case « nom d'auteur ». Et elle se pose rarement pour de bonnes raisons — plutôt sous la forme d'une inquiétude : qu'est-ce qu'on va penser de moi ?

C'est une question légitime, et elle mérite une réponse précise plutôt qu'un encouragement.


Ce qu'un pseudonyme protège

Il protège une seule chose, mais elle compte : le lien public entre votre nom civil et votre livre.

Votre voisine, votre employeur, vos collègues, votre belle-famille ne feront pas le rapprochement. C'est tout ce qu'un pseudonyme fait — et pour beaucoup d'auteurs, c'est précisément ce qui leur permet d'écrire librement.

Bonne nouvelle juridique : le pseudonyme est protégé exactement comme un nom civil au titre du droit moral. Le droit de paternité impose la mention du nom de l'auteur ou de son pseudonyme. Personne ne peut publier votre texte sous un autre nom, ni vous imposer de retirer le vôtre.


Ce qui reste à votre vrai nom, quoi qu'il arrive

Voici ce que les auteurs découvrent trop tard. Un pseudonyme est un nom de publication, pas une identité juridique.

Ce qui porte le pseudonyme Ce qui porte votre vrai nom
La couverture du livre Le contrat, quel qu'il soit
La page de titre Le compte de publication et l'entretien fiscal
Les fiches de vente Le compte bancaire qui reçoit les droits
Les bases bibliographiques La déclaration de revenus
La presse et les réseaux Toute démarche administrative

Autrement dit : votre éditeur connaît votre identité, l'administration fiscale aussi, votre banque également. Le pseudonyme vous protège du public, pas des institutions — et c'est normal, puisque c'est vous qui percevez l'argent.

Méfiez-vous en conséquence de toute structure qui vous proposerait d'ouvrir un compte de publication à votre place « pour préserver votre anonymat ». L'entretien fiscal engage personnellement son titulaire : ce n'est ni légal ni prudent de le déléguer, et c'est le meilleur moyen de voir vos revenus versés à quelqu'un d'autre.


Les bonnes raisons

  • Une vie professionnelle incompatible. Un médecin qui écrit du polar, une enseignante qui publie de l'érotisme, un cadre qui raconte son secteur.
  • Un texte intime. Récit de deuil, de maladie, de violence, de rupture. Le pseudonyme rend le livre possible ; sans lui, il n'existerait pas.
  • Un nom civil impraticable. Trop long, imprononçable hors de sa région, ou déjà porté par un auteur connu.
  • Changer de genre littéraire. Un auteur de romans historiques qui se met à la science-fiction brouille son lectorat s'il garde le même nom. Beaucoup d'auteurs professionnels en utilisent plusieurs pour cette seule raison.
  • Le simple refus de se montrer. C'est une raison suffisante, et elle n'a pas à être justifiée.

Et les mauvaises

Deux, principalement.

La honte du texte. Si vous n'assumez pas ce que vous avez écrit au point de vouloir le cacher, le problème n'est pas le nom sur la couverture. Il est dans le texte, et aucun pseudonyme ne le réglera.

Croire qu'on se rend intraçable. Un pseudonyme ne résiste pas à quelqu'un de déterminé. Il décourage la curiosité ordinaire, il n'efface pas.


Comment en choisir un

Sept critères, dans l'ordre d'importance.

  1. Il doit s'écrire à l'oreille. Quelqu'un entend votre nom à la radio ou dans une conversation : il doit pouvoir le taper correctement du premier coup. C'est le critère le plus important et le plus négligé.
  2. Il doit être disponible. Cherchez-le dans les catalogues de livres, sur les sites de vente, sur les réseaux sociaux, et en nom de domaine. Un homonyme dans votre genre est une catastrophe commerciale : vos lecteurs achèteront ses livres.
  3. Il doit être prononçable. Un libraire doit pouvoir le dire à un client sans hésiter.
  4. Il doit correspondre à votre genre. Les codes existent et les lecteurs les lisent inconsciemment. Ce n'est pas une obligation, mais c'est une information à connaître avant de la contredire.
  5. Pensez à l'initiale du nom de famille. En librairie, vous serez rangé alphabétiquement à cette lettre, et c'est là que vos lecteurs vous chercheront pour toujours.
  6. Évitez les caractères exotiques. Traits d'union multiples, apostrophes, accents rares : ils se perdent dans les bases de données et créent des fiches en double.
  7. Dites-le à voix haute pendant une semaine. Vous le porterez peut-être vingt ans.

Un point de vigilance : n'adoptez pas le nom d'une personne réelle existante, ni un nom de marque. Choisissez un nom libre.


La règle de durée que personne n'explique

Voici une particularité juridique réelle, et rarement mentionnée.

Pour une œuvre signée d'un nom civil, la protection dure toute la vie de l'auteur, puis soixante-dix ans après son décès.

Pour une œuvre pseudonyme ou anonyme, l'article L123-3 du Code de la propriété intellectuelle prévoit une règle différente : soixante-dix ans à compter du 1er janvier de l'année suivant la publication.

La différence n'est pas théorique. Un auteur qui publie à trente ans sous pseudonyme et vit jusqu'à quatre-vingt-dix ans verrait, selon la première règle, son œuvre protégée cent trente ans ; selon la seconde, soixante-dix.

Ce point s'apprécie toutefois au cas par cas : la règle ordinaire retrouve à s'appliquer lorsque l'auteur se fait connaître. Si vos œuvres ont vocation à être transmises à vos héritiers, faites vérifier votre situation par un juriste spécialisé ou par la Société des Gens de Lettres.


Ce qui change en pratique

  • Votre biographie peut parler du travail sans parler de la personne. C'est un exercice, pas un obstacle.
  • Vos comptes de réseaux sociaux, si vous en ouvrez, le seront au pseudonyme. Ne les liez pas à vos comptes personnels.
  • Les salons, les dédicaces, les interviews supposent de se montrer. Vous avez parfaitement le droit de refuser — et ce refus ne doit être ni négocié ni arraché.
  • Les paiements arriveront à votre vrai nom, et vos revenus se déclarent normalement.

Sur ce dernier point, une mise en garde. Certaines maisons acceptent le pseudonyme à la signature, puis font pression pour des apparitions publiques une fois le livre paru. Un auteur qui a choisi la discrétion dès le départ ne devrait jamais avoir à la défendre ensuite. Faites écrire dans le contrat que les apparitions publiques ne sont pas une obligation.


Peut-on changer d'avis ?

Se révéler est toujours possible : c'est votre droit, et beaucoup d'auteurs l'ont fait après plusieurs titres. La décision est irréversible, mais elle vous appartient entièrement.

Passer d'un nom civil à un pseudonyme après publication est plus compliqué : les fiches existantes portent votre nom, et elles subsistent longtemps dans les bases.

Changer de pseudonyme revient à repartir de zéro : aucune notoriété n'est transférable d'un nom à l'autre.

D'où une règle simple : dans le doute, commencez sous pseudonyme. On peut toujours se dévoiler ; on ne peut pas se recacher.


Ce qu'il faut retenir

Un pseudonyme protège votre vie publique, pas votre situation juridique. Il est protégé au même titre qu'un nom civil par le droit moral. Il se choisit sur sept critères, dont le premier est qu'un inconnu puisse l'écrire après l'avoir entendu.

Et personne — éditeur, plateforme, libraire, journaliste — n'a le droit d'exiger que vous vous montriez.

Chez LunaScript Éditions, le pseudonyme est respecté sans discussion, et aucune apparition publique n'est jamais demandée ni suggérée. Cette règle n'est pas commerciale : elle vient de notre propre histoire.

Voir le Pack Éditeur, ou parlons de votre livre lors d'un premier échange en visioconférence, sans engagement.