Le formulaire de mise en ligne prend une vingtaine de minutes. On le remplit en général le soir, fatigué, pressé d'en finir, après des mois de travail sur le texte.
C'est pourtant là que se décide une grande partie de ce qui suivra : si des lecteurs vous trouvent, combien vous touchez, et sous quel nom votre livre paraît. Certaines de ces décisions se corrigent en deux clics. D'autres jamais.
Voici les dix erreurs les plus fréquentes, dans l'ordre où le formulaire vous les propose.
1. Ouvrir le compte au mauvais nom
Le compte doit être ouvert par la personne qui percevra les revenus, avec sa pièce d'identité, ses coordonnées bancaires et son numéro fiscal.
L'entretien fiscal en ligne engage personnellement son titulaire : personne ne peut le remplir à votre place, et faire ouvrir votre compte par un tiers — même bien intentionné, même contre rémunération — vous expose à voir vos revenus versés à quelqu'un d'autre et votre compte suspendu.
Si l'on vous propose de « s'occuper de tout », y compris de créer votre compte, refusez cette partie-là. Le reste peut être délégué ; celle-ci, non.
2. Accepter l'ISBN gratuit sans savoir ce qu'il implique
KDP propose un ISBN sans frais. L'économie est réelle, les conséquences aussi : ce numéro inscrit la plateforme comme éditeur de référence, il ne peut pas être utilisé ailleurs, et il n'ouvre pas le circuit professionnel du livre français.
Pour un livre destiné à rester en ligne, cela suffit. Pour un livre que vous voulez voir commandable en librairie, c'est une impasse — et on s'en aperçoit trop tard. Le sujet est détaillé dans notre article sur l'ISBN.
3. Bâcler le titre et le sous-titre
Le titre est un champ de recherche autant qu'un choix littéraire. Le sous-titre, lui, est presque toujours gaspillé : beaucoup d'auteurs le laissent vide, alors qu'il est indexé comme le titre.
Un sous-titre utile dit de quoi parle le livre, avec les mots qu'emploierait un lecteur. Pas une phrase poétique de plus : une information.
Attention cependant : entasser des mots-clés dans le titre est interdit par les conditions d'Amazon, et cela peut entraîner le retrait du livre. Le titre doit être celui qui figure sur la couverture, rien d'autre.
4. Gaspiller les sept mots-clés
Vous disposez de sept champs. La plupart des auteurs y mettent ce qu'il ne faut surtout pas y mettre.
Ce qui ne sert à rien : votre nom, le titre du livre, des mots déjà présents dans le titre ou dans les catégories, le nom d'un autre auteur, ou des termes génériques comme « roman » et « livre ».
Ce qui sert : des expressions entières, telles qu'un lecteur les taperait. « Roman sur le deuil d'une mère », « thriller psychologique huis clos », « récit de reconstruction après divorce ». Chaque champ accepte plusieurs mots — utilisez-les.
Le bon réflexe : tapez votre sujet dans la barre de recherche d'Amazon et regardez ce qu'elle vous propose automatiquement. Ce sont les recherches réelles des lecteurs.
5. Mal choisir ses trois catégories
Amazon permet de sélectionner trois catégories au moment de la création du livre. C'est là que se joue votre visibilité de départ.
Deux erreurs symétriques :
- Trop large. « Littérature française » contient des dizaines de milliers de titres. Vous y êtes invisible dès la première heure.
- Trop étroit. Une sous-catégorie que personne ne consulte vous donnera un joli classement et aucun lecteur.
Visez des catégories assez précises pour que votre livre s'y distingue, assez fréquentées pour que quelqu'un y passe. Et descendez dans l'arborescence : les vraies opportunités sont au troisième ou quatrième niveau, pas à la racine.
Comptez jusqu'à soixante-douze heures pour que le changement s'affiche.
6. Écrire une description scolaire
La description n'est pas un résumé : c'est un texte de vente. Elle doit donner envie de lire, pas raconter l'histoire.
Trois règles concrètes :
- Les deux premières lignes décident de tout. Le reste est masqué derrière un « Lire la suite » que peu de gens déplient. Mettez votre meilleure phrase en premier, jamais un contexte.
- Aérez. Des paragraphes courts, du gras pour une phrase clé. Un bloc compact ne se lit pas sur téléphone.
- Ne révélez pas la fin. Cela paraît évident, et pourtant.
Écrivez-la comme la quatrième de couverture que vous liriez en librairie avant d'acheter — parce que c'est exactement son rôle.
7. Fixer le prix sans regarder le palier de redevance
C'est l'erreur qui coûte le plus d'argent, et la plus facile à éviter.
Sur les marketplaces européennes, la redevance du livre broché dépend du prix catalogue :
| Prix catalogue | Taux de redevance |
|---|---|
| Jusqu'à 9,98 € | 50 % |
| À partir de 9,99 € | 60 % |
Un centime de moins, et vous perdez dix points de redevance sur chaque exemplaire vendu. Vérifiez de quel côté du seuil vous vous trouvez avant de valider.
Rappelez-vous par ailleurs qu'en France, la loi sur le prix unique du livre impose votre prix à tous les revendeurs : il ne se brade pas ensuite pour relancer les ventes. Il se réfléchit avant.
8. Publier sans avoir tenu un exemplaire
Commandez toujours un exemplaire d'épreuve et attendez de l'avoir en main avant de mettre en vente.
L'écran ne dit rien du papier. C'est là qu'on découvre des marges intérieures trop serrées, un titre décalé sur le dos, une couverture bien plus sombre à l'impression qu'à l'affichage, une police trop petite pour un lecteur de soixante ans.
Quelques euros et quelques jours d'attente contre un livre dont vous n'aurez pas honte.
9. Croire que la plateforme s'occupe du reste
Publier sur KDP ne vous dispense de rien.
- Le dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France reste à votre charge. Aucune plateforme ne l'effectue. C'est une obligation légale, gratuite, détaillée dans notre article sur le dépôt légal.
- Le référencement professionnel n'est pas fait non plus. Être sur Amazon ne met pas votre livre dans la base que consultent les libraires français — voir notre article sur Dilicom.
10. Laisser la page auteur vide
Une biographie absente ou expédiée en deux lignes, c'est un lecteur hésitant qui repart. Les services de page auteur permettent de rassembler vos titres, votre photo si vous le souhaitez, et une présentation.
Écrivez cinq à dix lignes à la troisième personne, qui disent d'où vient ce livre et pourquoi c'est vous qui l'avez écrit. Si vous publiez sous pseudonyme et tenez à votre discrétion, une biographie peut très bien parler du travail sans parler de la personne.
Ce qui se corrige, ce qui ne se corrige pas
| Élément | Modifiable après publication ? |
|---|---|
| Description | Oui, à volonté |
| Mots-clés | Oui |
| Catégories | Oui, sous 72 heures d'affichage |
| Prix | Oui |
| Fichier intérieur et couverture | Oui, nouvelle version |
| Biographie et page auteur | Oui |
| ISBN | Non |
| Nom d'éditeur lié à cet ISBN | Non |
| Titulaire du compte | Non, sans procédure lourde |
Retenez la dernière colonne. Presque tout se rattrape, sauf ce qui touche à l'identité de votre livre et de son éditeur. Ce sont précisément les trois champs que l'on remplit le plus vite.
Ce qu'il faut retenir
Prenez une heure au lieu de vingt minutes. Préparez vos sept expressions-clés et vos trois catégories avant d'ouvrir le formulaire, pas pendant. Vérifiez de quel côté du seuil de 9,99 € vous placez votre prix. Et ne validez rien avant d'avoir tenu un exemplaire entre vos mains.
Le reste se corrige. L'ISBN et le nom d'éditeur, non.
Chez LunaScript Éditions, la mise en ligne, les métadonnées et le contrôle jusqu'à la disponibilité font partie de la publication — avec l'ISBN sous notre label, le dépôt légal et le référencement professionnel. Vos comptes restent ouverts à votre nom, et nous ne détenons jamais vos identifiants. Voir le Pack Éditeur, ou parlons de votre livre lors d'un premier échange en visioconférence, sans engagement.